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Synthèse du rapport d’activité 2015

Entre contractualisation et innovation!

Rapport moral par Jean-Claude Tourdot et Dr François Bridier, co-Présidents – Dominique Espagnet-Veloso, Directeur Général.

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Nous avons respecté nos engagements ! La formalisation de notre projet associatif 2015-2020 a été actée ; le dispositif intégré ITEP/SESSAD a été validé sous la forme imaginée et tel que nous l’avions conçu ; le Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens a été signé avec l’Agence Régionale de Santé Aquitaine en décembre 2015 ; ARI Insertion a obtenu le renouvellement du marché PPS « Handicap psychique 2016-2017 » ; l’expérimentation Intervalle-Asperger est désormais pérennisée. De surcroît, un autre acquis, loin d’être négligeable, consiste en la possibilité de procéder à des investissements immobiliers. L’état du patrimoine d’au moins trois de nos sites (Caudéran, Ambarès et Cadaujac) constituait un risque particulier, et non des moindres, tant en termes de maintien de la qualité du bâti que de conformité, notamment en matière de respect des normes d’accessibilité. Reste maintenant à bien gérer les constructions et réhabilitations autorisées.
Pour cela, il nous aura fallu, tout à la fois, respecter de nombreuses procédures, s’enquérir de techniques, technologies et instruments de gestion que nous étions loin de maitriser, mais qui ont été indéniablement porteurs d’un rôle structurant. Tout notre défi aura été de respecter les modes opératoires prescrits, sans pour autant qu’ils n’annihilent la dimension politique de nos projets. C’est dans cette logique que le dialogue avec les pouvoirs publics a pu être noué. De nombreuses discussions argumentées et bienveillantes ont permis à chacun de faire valoir son point de vue et d’aboutir aux résultats, aujourd’hui acceptés par tous. Pour le dire autrement, nous avons conjointement su faire évoluer notre offre de service, pour la dynamiser, l’adapter socio économiquement, et la pérenniser, sans pour autant nous enfermer dans un rôle de sous-traitant. Se conformer n’est donc pas se normaliser !

Nous pourrions nous contenter de cet état des lieux, en pensant qu’il nous suffit maintenant de suivre notre patron de tissage durant les cinq prochaines années, et ce en continuant de faire vivre nos espaces de réflexivité. Ce scénario, certes prudent, constitue déjà un défi puisque nous devrons faire la preuve de la pertinence des orientations que nos autorités de contrôle ont soutenues, en y adjoignant des moyens conséquents. Mais est-il satisfaisant en matière de perspectives ?

Nous voudrions ici vous proposer plusieurs éléments nous permettant tout, sauf d’adopter le positionnement attentiste que nous pourrions, à juste titre, revendiquer.

Le premier est celui de la question de l’institutionnalisation comme produit d’un savant dosage entre la permanence de ce que nous avons historiquement construit et les propositions de changement qui se font jour, notamment lorsque des besoins sociaux non couverts apparaissent. Devrions-nous, à l’avenir, nous brider au point que nous nous priverions d’envisager la fondation de nouveaux espaces institutionnels au bénéfice des personnes en situation de handicap psychique ? Non, sauf à renoncer au dessein que nous nous sommes fixé, à notre potentiel d’initiative nourri par l’observation et l’analyse des situations faites par les équipes. Innover permet de se ressourcer !

Le deuxième point est en lien avec l’affirmation précédente. Notre projet politique ne sera cohérent que si nous nous montrons capables de capter et de soutenir l’engagement des salariés et d’en faire véritablement une ressource. Depuis toujours, notre gouvernance repose sur une logique de transmission et de professionnalisation. C’est particulièrement à ce titre que les salariés sont légitimes pour intégrer nos instances.
Mais notre modèle peine à les mobiliser alors que, dans un même temps, les cadres hiérarchiques et les conseillers techniques du siège y tiennent un rôle de plus en plus important. Actuellement, nous proposons aux membres salariés d’être les garants de la bonne marche de l’association, de ses valeurs fondatrices et du patrimoine collectif constitué, sans pour autant leur donner toutes les clés de leur fonction. Aux directeurs et conseillers techniques incombe une responsabilité majeure dans le projet social et économique, mais ils ne sont en rien décisionnaires.
Alors, pourrons-nous longtemps encore faire l’impasse d’une réflexion de fond sur la tension existant entre notre statut associatif et des caractéristiques se rapprochant, au moins du point de vue de ses principes, de ceux d’une coopérative ? Aucunement ! Les années s’écoulant, l’un des risques serait que le Conseil d’Administration n’assume plus véritablement la gestion de l’association en raison de l’appauvrissement des débats de son espace délibératif. Renforcer le projet pour assurer sa continuité passera donc nécessairement par la recherche d’un fonctionnement collectif et démocratique renouvelé. Donner enfin aux salariés les moyens d’assurer leur mandat d’associés et reconnaître le rôle majeur joué par l’encadrement viendrait répondre moins à un tarissement de l’engagement et davantage à la reconnaissance de la place occupée par les professionnels dans la dynamique associative. Sa professionnalisation ne serait donc en rien la marque de l’épuisement militant, bien au contraire !

Le troisième aspect est celui de la complexification croissante de la commande publique, des règles juridiques, administratives et comptables. L’une des réponses consisterait à aller principalement vers un bénévolat de compétence. Envisagé comme une richesse, il pourrait vite s’avérer un pis-aller, notamment en raison du positionnement de ces acteurs vis-à-vis des autres administrateurs. Le statut lié à la compétence impacte déjà fortement nos échanges lors des réunions du Conseil, les savoirs experts prenant, à notre goût, trop souvent le pas sur les savoirs profanes. Comme pour les salariés, la place prise par les usagers et/ou leurs représentants lors des débats reste encore trop marginale. Là aussi, il nous faudra, à l’avenir, faire preuve d’inventivité si nous voulons continuer de revendiquer un fonctionnement démocratique le plus large possible, assurant une meilleure cohérence entre les projets et leur mise en œuvre. Les compétences indispensables peuvent s’acquérir. Cela suppose une prise en compte du temps nécessaire et une approche dynamique, a minima, prévues dans notre règlement intérieur.

Vous l’aurez compris, notre modèle associatif est loin d’être abouti. Nos résultats 2015 ne constituent en rien une assurance-vie. Nous devons défendre pied à pied la préservation de notre identité, voire de notre existence dans un environnement en mutation constante.
Notre démarche de contractualisation (CPOM) avec les pouvoirs publics vient répondre à ce constat. Elle fera dire à certains que nous avons perdu toute indépendance d’action et, surtout, toute capacité d’internalisation de questions sociétales et d’interpellation politique en matière de transformation sociale visant l’amélioration des conditions de vie des personnes. Il n’en est rien ! Rappelons ici, l’expérimentation intervalle-Asperger, « Un chez-soi d’abord », l’installation d’Intervalle en milieu rural, l’espace rencontres, « Un emploi d’abord ! »…
D’autres nous reprocheront d’avancer masqués en adoptant finalement des schémas managériaux, en nous « normalisant » : atteinte des objectifs, performance économique, culture de l’évaluation. Ce serait là une grossière erreur : notre finalité n’est pas celle d’un développement à tous crins. Tout en restant une association à taille humaine, nous souhaitons simplement dire ce que nous faisons et faire ce que nous disons, en nous assurant régulièrement de la pertinence de nos pratiques et en les valorisant en les justifiant. Tant en interne qu’en externe, la transparence est un gage de confiance favorisant des relations fluides et fructueuses.
Enfin, on pourrait s’étonner de la conformité de nos réponses, notamment au regard des différentes orientations publiques, et ce au point d’en devenir de simples traducteurs. Ne nous y trompons pas car ce serait minimiser notre dynamique projet et le rôle joué par la conseillère technique qui en a la charge. S’il y a congruence, c’est avant tout parce que nos projets sont le fruit d’un travail soutenu en matière de connaissance et d’analyse fine des besoins. Notre but est d’adapter nos réponses, et non le résultat d’une simple lecture des politiques publiques. Si nous avons réorienté nos pratiques vers davantage d’inclusion et de proximité, tout en préservant des réponses spécifiques, c’est que l’écoute des usagers et de leurs représentants est première. C’est en cela que l’approche clinique trouve tout son sens. Si nous avons milité pour davantage de souplesse afin d’assurer une meilleure coordination des parcours, c’est que les professionnels ont trop souvent buté sur la complexité de fonctionnement des différentes institutions et le manque de passerelles.

Cette manière de répondre à des questions qui ne nous ont pas été posées n’est qu’une façon d’affirmer notre identité et d’assumer le cap que nous nous sommes donné au nom d’une diversité et d’une richesse des formes associatives que nous défendons.

Nous sommes donc loin d’en avoir terminé. En 2015, nous soulignions la nécessité de jouer collectif. En s’inspirant d’un documentaire sur la sociologie, qui a eu son écho en 2001, nous n’irons pas jusqu’à dire, cette année, que l’associationnisme est « un sport de combat ». Néanmoins, nous l’avons vu, il n’est jamais inutile de montrer de quoi est fait notre quotidien. Que tous les artisans qui en témoignent dans les pages qui suivent en soient remerciés, notamment pour la qualité de leur investissement contribuant à la réussite de cette aventure collective.

 

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